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Joan Miró,
La sieste, 1925
© Successió Miró/ADAGP,
Paris 2004
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MIRO ET PICABIA POINTENT
LES DANSEUSES ESPAGNOLES
- PAR STEPHANE CERRI |
« Je briserai leur guitare ». Tout un programme.
Comment ne pas penser à
Francis Picabia en lisant cette ambition édictée par
le jeune Miro en 1922
alors que Picasso, Braque et les cubistes règnent en maître
sur le monde
de l'art contemporain. Mais Dada a déjà commencé.
Dans 391, les amis de Picabia s'en donnent à cour joie, moquent
les cubistes, les attaquent
violemment.
Bien que largement indépendant, la comète surréaliste
Miro doit tout de
même être replacée dans son contexte. Dire que
Duchamp et Picabia l'ont
influencé de façon majeure serait une interprétation
largement abusive.
Néanmoins quand il débarque à Paris en 1920,
le catalan découvre le
travail engagé dès 1917 par les dadaïstes. Logiquement,
il est fortement
impressionné. Le parallèle s'arrête là.
Mais ce choc esthétique va marquer
Miro, farouchement décidé à créer un
univers nouveau que l'on découvre
magnifiquement avec l'exposition de Beaubourg, intelligemment intitulée
La Naissance du monde.
Malgré cette trajectoire sans cesse originale, l'oeuvre de
Miro va
s'insérer dans le mouvement de Breton et par bien des aspects
peut être
comparée à celle de Picabia. On sait que les deux
artistes se sont
observés. A la fin de leur vie, ils vont même travailler
avec la même
personne essentielle dans leurs deux parcours, l'imprimeur cévenol
Pierre-André Benoît. Mais cette période n'est
pas abordée dans cette
présentation qui choisit de s'arrêter en 1934.
Dès le début de l'exposition, on aperçoit
une danseuse espagnole peinte en 1921. Le style caractéristique
de Joan Miro ne s'affirme pas encore.
Figurative, la toile évoque pour les admirateurs de Picabia
ces dizaines
de femmes ibériques qu'il va peindre tout au long de sa vie,
en vitesse ou avec plus de soins, de façon compulsive et
obsessionnelle.
En 1928, Miro revient au motif de la danseuse. Et avec quel talent.
Un
bouchon, un plume, une espèce d'épingle. Plus besoin
de pinceau ni de
toile, elle danse. Depuis plus de 75 ans, elle vibre en permanence
enregistrant les vibrations du sol ou la respiration de ses admirateurs,
sans jamais s'arrêter. Point de claquement de talon comme
les danseuses de flamenco... Chez Miro, tout est douceur, rêve
éveillé.
Un peu plus loin, c'est l'objet qui apparaît dans l'ouvre
de Miro. Pas
sous forme de nature morte. L'artiste peint une lampe à pétrole
dans un
style dépouillé, précis, froid. La correspondance
stylistique avec
certains travaux dada sautent aux yeux. On pense à ces gravures
énigmatiques où Dada imite pour le détourner
le mode de vie contemporain.
Mais Miro continue à voir une lampe à pétrole.
Il intitule même le tableau
ainsi. Quand Picabia et ses complices croquent des pièces
mécaniques ou
des objets usuels, ils y découvrent l'esquisse d'un portrait
de jeune
fille ou les premiers vers d'un poème.
Mais le grand écho qui résonne entre les deux oeuvres
prend la forme de
points. Au milieu des années 20, le talent de Miro éclate.
Son identité se
révèle. L'abstraction ou la figuration n'ont plus
réellement de sens.
L'artiste navigue, passe de l'un à l'autre, recherche une
pureté éteinte,
intitule ses toiles Peintures.
Vingt ans avec que Picabia accumule la peinture sur les toiles où
il
impose définitivement des points colorés, Miro tâche
ses toiles ou peint
des points minuscules dans l'angle d'un tableau qu'on croirait monochrome.
Il en découpe dans des plaques goudrons, en suggère
discrètement ou en trace franchement. Et d'ailleurs l'exposition
se termine par des grandes toiles bleues de 1961 où Miro
offre des points de suspension. Du coup, elle ne finit pas vraiment.
Centre Georges Pompidou, jusqu'au 28 juin
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