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Francis Picabia naît à Paris le 22 janvier 1879, 82 rue des Petits Champs ; c'est dans cette même maison qu’il meurt, le 30 Novembre 1953 (aujourd'hui rue Danielle Casanova).
Durant les soixante-quatorze années de sa vie, Picabia explore la plupart des mouvements artistiques de son temps, un exploit aussi exceptionnel que l’époque elle-même.

Atelier de Picabia
Si son enfance est confortable d’un point de vue matériel, elle est perturbée affectivement. « Entre ma tête et ma main, » dit-il en 1922, « il y a toujours l’image de la mort. » Jeune, il est l’enfant terrible, plus tard il devient le parfait rastaquouère, le blagueur ou l’aventurier étincelant : c’est la façade publique de sa personnalité complexe.

Picabia vers 1885

Enfant unique, François Marie Martinez Picabia est le fils d’un espagnol né à Cuba, Francisco Vicente Martinez Picabia, et d’une française, Marie Cécile Davanne, mariage de l’aristocratie espagnole et de la bourgeoisie française. Picabia a sept ans quand sa mère meurt de la tuberculose. Un an plus tard, sa grand-mère maternelle disparaît à son tour ; l’enfant se retrouve seul avec son père, Consul de Cuba à Paris, son oncle célibataire, Maurice Davanne, conservateur de la bibliothèque Sainte-Geneviève, et son grand-père, Alphonse Davanne, riche homme d’affaires et fervent photographe amateur. Francis échappe à la solitude et à l’ennui de cette “maison sans femme” grâce au dessin et à la peinture. 

            A son grand-père, qui prédit que la photographie finira par remplacer la peinture, 
Picabia rétorque : « Tu peux photographier un paysage, mais pas les idées que j'ai dans la tête. » 
un thème fondamental qui rassemble les convictions esthétiques de Picabia, parmi les plus hétérodoxes de ce siècle.

Très tôt, il fait preuve d'une grande indépendance de caractère ; simultanement, son talent artistique s'affirme. Après une scolarité tumultueuse, Picabia commence son apprentissage en 1895 à l’Ecole des Arts décoratifs  où il est l’élève de Cormon, Humbert et Wallet. Braque et Marie Laurencin sont ses camarades de classe. En 1899 Picabia fait ses débuts au Salon des Artistes Français avec le tableau Une rue aux Martigues. Ce n’est qu’après 1902 qu’on ressent dans la peinture de Picabia l’influence de Pissarro, et surtout celle de Sisley. C'est alors  que commence sa période impressionniste. Il expose au Salon d’Automne et au Salon des Indépendants, ainsi qu’à la galerie d’avant-garde de Berthe Weill. Succès et notoriété ne tardent pas. Picabia signe un contrat avec la prestigieuse Galerie Haussmann. En 1905, le propriétaire de la galerie, Danthon, organise la première de trois expositions consacrées à Picabia ; c’est le debut d'une période prolifique durant laquelle il perfectionne sa technique impressionniste. L’approche de Picabia est en adéquation avec les concepts symbolistes-synthésistes de la fin du XIXème  siècle : l’art n’est pas considéré comme une reproduction de la nature mais plutôt comme l’expérience émotionnelle de l’artiste face à celle-ci, exprimée de façon subjective dans une synthèse de formes et de couleurs.  



Picabia dans son atelier, av Charles Floquet, 1911


Alors que sa réputation est bien établie après son exposition à la galerie Georges Petit en 1909, Picabia abandonne le passé et la place prestigieuse qu’il y occupe déjà pour s’embarquer dans l’aventure de l’art moderne. La même année il épouse Gabrielle Buffet, une jeune musicienne d’avant-garde, qui sera pour lui un stimulant intellectuel tout au long de sa vie. Ses deux dessins abstraits de 1908 préfiguront son tableau abstrait de 1909, Caoutchouc. C’est la première de nombreuses ruptures, qui caractérisent à la fois l'œuvre et la vie de Picabia, bien qu'il attende 1912 pour explorer cette nouvelle voie. Jeune artiste de trente ans, il est rejeté par l’ensemble des galeries réputées, leur clientèle et par la critique. Le coup de grâce est donné par Danthon, en Mars 1909 à l’Hôtel Drouot, quand il vend aux enchères plus d’une centaine de tableaux impressionnistes de Picabia.
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